cropped shot of young man writing in notebook while sitting on grass

Il était une fois une formatrice qui débutait dans ce beau métier qu’elle s’était choisie.

Pleine d’élan pour son métier et de tendresse pour les stagiaires elle se lança et aborda sa première séquence : un bel apport méthodologique.

Puis, le sourire aux lèvres et la fleur au fusil, elle lança le premier exercice.
Et là, stupéfaction ! La jeune formatrice fut face à un mur ; pas de réponse, pas de réaction. D’ailleurs, en y regardant de plus près, il lui sembla même ressentir de l’animosité, de la méfiance dans le groupe.

Imaginez la détresse et la tristesse de la belle qui se sentit coupée dans son élan. « Mais qu’ai-je fait ? », « Que s’est-il passé ? » se dit-elle

Elle n’a pas démarré sa formation !!!!

 

Et oui ! Que croyait-elle ? Que les participants rêvaient depuis des années de venir en formation la rencontrer !? Qu’ils avaient hâte de commencer !?

Que nenni !

Pour le plaisir, quelques exemples de l’état d’esprit dans lequel les participants arrivent en formation :

  • Que suis-je venu faire ici ? Voire « Mais que suis-je venu faire dans cette galère ! »
  • Vais-je y arriver ?
  • Je n’ai rien à faire ici, je suis excellent à mon poste !
  • Qui sont ces personnes ? Pourquoi sont-elles ici ?
  • Mais je me moque des difficultés que rencontrent les autres à leur poste !
  • Je n’ai pas choisi de venir ici ! Voire « je ne veux pas être ici ! »
  • Avec tout le travail que j’ai à faire, ma direction trouve encore le moyen de m’envoyer en formation !
  • Et du coup « comment vais-je m’en sortir la semaine prochaine avec tout le retard que je vais accumuler pendant que je suis en formation ! »
  • Si on m’a dit de venir en formation c’est que ma direction me trouve incompétent.
  • Comment vais-je faire pour exprimer les difficultés que je rencontre?
  • Vais-je réussir à en parler devant les autres ?
  • Et si ce que je dis ici revient aux oreilles des intéressés ?
  • J’ai insisté pour venir à cette formation, pourvu que j’y trouve mes réponses !
  • Que vais-je bien pouvoir mettre en place à mon retour ?
  • Je déteste les mises en situation, et en formation il y en a toujours !

En d’autres termes, une formation n’est jamais gagnée d’avance, y compris – voire et surtout – si c’est une formation que vous avez déjà animée des dizaines de fois, parfois même face à des stagiaires issus de la même entreprise.

Soigner son démarrage, c’est avant tout aborder le groupe avec un regard neuf, se centrer sur les participants avant de se centrer sur son contenu, c’est se mettre à leur place pour percevoir leur état d’esprit, leurs émotions et les besoins qui y sont associés.
C’est aussi adopter ce que nous appelons « la posture basse » : nous ne sommes pas des « sachant tout puissants » : ils ne nous ont pas attendus pour faire des choses « bien », ils ne partent pas de rien, et probablement que dans grand nombre de domaines, ils sont bien meilleurs que nous.
Même si nous sommes persuadés que la formation est de qualité, qu’elle va leur être utile, notre intention première n’est pas de la leur « vendre » à tout prix. Ils sont assez grands pour décider de «  l’acheter » s’ils y trouvent un intérêt.

Le démarrage est un moment crucial où tout se met en place pour que tous se mettent en action.

ALORS, C’EST QUOI UN BON DÉMARRAGE ?

UN BON DÉMARRAGE, C’EST EN GROS UN QQOQCP (QUI, QUOI, OU, QUAND, COMMENT ET SURTOUT … LE POURQUOI)

  • Un « chapeau » : chez Forentem, nous pensons que le Pourquoi, et surtout le Pour Quoi est essentiel. C’est le Pour Quoi qui donne du sens …
    Le chapeau, après les paroles de bienvenue, ce sont les premiers mots qui permettent aux participants de savoir très vite ce qu’ils vont trouver dans la formation, ce qu’ils vont y gagner. C’est le lien entre leurs préoccupations et l’objet de la formation.
  • Les présentations (le « Qui ») : très vite, chacun des participants doit savoir qui est en face ou à côté de lui.
  • Le Quoi et le Comment :
    • La présentation de la formation: les objectifs, le contenu, les méthodes pédagogiques
    • La mise en place du « cadre relationnel » ; à quelle sauce vont-ils être mangés? Personnellement j’ai une préférence pour la sauce bienveillance ; elle est très digeste et convient à tous les estomacs 🙂
      Le cadre, c’est à la fois les « protections », c’est-à-dire les règles du jeu (principe de confidentialité, bienveillance, respect des horaires, …) et les « permissions » (droit à l’expérimentation et à l’erreur, de dire ce qu’on pense, de dire « stop » à un exercice que l’on a pas envie de faire ….)
    • Les informations sur les aspects logistiques ; quand ça commence, quand ça s’arrête, quand est-ce qu’on mange, quand vont-ils pouvoir passer des appels, répondre à leurs mails

UN BON DÉMARRAGE, C’EST TOUT SAUF UN MONOLOGUE …

Pour toutes les raisons évoquées plus haut, il est courant que les participants adoptent une posture passive au démarrage. Or, une formation réussie, c’est 50/50 en termes d’implication formateur/stagiaires.

  • Leur donner la parole,  notamment pour « co-construire » le cadre relationnel, pour qu’ils expriment leurs attentes, c’est les « mettre sur on », équilibrer la circulation de l’énergie.
  • C’est aussi l’occasion de leur permettre de dire dans quel état d’esprit ils sont, même – voire surtout – si cet état d’esprit est négatif. Et oui, même si ce n’est pas agréable à entendre, vous verrez … vous avez tout à y gagner ! Déjà, parce que si vous ne le faites pas, vous avez de grandes chances de vous trouver confronté pendant toute la suite de votre formation à des contradicteurs, opposants, râleurs, qui se feront un malin plaisir à vous mettre des bâtons dans les roues, avec souvent en prime un « coup de théâtre » au milieu ou à la fin de la formation. Et si vous le faites, vous serez surpris de voir la réaction des stagiaires qui, se sentant écoutés et entendus, vous en seront reconnaissants et vous donneront probablement la chance de pouvoir continuer … dans la sérénité !

Depuis qu’elle sait tout cela, notre jeune formatrice (qui n’est plus tout aussi jeune, il faut le dire!!) porte un grand soin au démarrage de ses formations.
Elle a compris que, loin d’être une perte de temps,  cette introduction « soignée » est la clé d’une formation réussie.

Et elle vit heureuse de son beau métier et a beaucoup de stagiaires tout aussi heureux.

Co-écrit par Réjane et Perrette

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